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Solo-show 28 Janvier au 20 Mars 2022 

C’est une cassette dont on n’est plus capable de lire la bande magnétique. Le film enregistré n’existe plus que par sa promesse : la jaquette brillante de Disney qui figure un univers imaginaire et désormais inaccessible. Cette cassette que François Mangeol trouve un jour dans la rue, c’est Peter Pan et il décide de faire de cette technologie désormais obsolète le matériau d’une œuvre. Tic-Tac c’est donc une VHS déroulée de manière à former une composition géométrique ; on pourrait y voir une de ces cartes maritime polynésienne qui gardent la mémoire des récifs. Quel est le meilleur moyen de parvenir en pays imaginaire ? Dans cette composition de trait et d’angle se cache en effet un message dans une écriture que l’artiste a élaboré au travers du temps et que l’on retrouve dans Whatelse. Le visiteur patient saura bien la déchiffrer à l’aide d’un lexique laissé à son attention. Quel meilleur moyen de retourner en enfance que de retrouver l’usage des codes secrets et des ruses qui permettent de se soustraire à la surveillance parentale ?

François Mangeol prise les lectures multiples, les équivoques ; celles qui mettent le visiteur face à un choix. “Vous êtes ici” écrit-il sur un plan d’évacuation dont il a évacué à la peinture tous les autres signes ; où irez-vous et quelle sera votre voie ? L’artiste propose un suspens dans un monde de flux, un endroit où reformuler son rapport au langage. Là où les chaînes d’informations reprennent en bandeau inlassablement les mêmes mots jusqu’à les vider de leur sens et à leur donner une autre charge : l’artiste en isole quelques-uns et par l’enlèvement d’une lettre crée l’hésitation. Faut-il lire “Solidaire” ou “Solitaire”, “Récolte” ou “Révolte”, “Révolution” ou “Résolution”? Ce jeu, ce vide qui crée un écart dans la langue est loin d’être anecdotique. Il crée d’une part une marque de confiance envers le spectateur et d’autre part affirme sa liberté d’interpréter, de juger. Le travail de la lettre est à entendre presque au sens juridique du terme ; de la même manière que l’on distingue l’esprit et la lettre, ce qui est écrit textuellement et ce que l’on perçoit de l’idée derrière les mots.

Plus qu’une démarche linguistique, l’œuvre de François Mangeol esquisse une jurisprudence. Il s’agit d’examiner par le langage notre rapport à la réalité. Dans une société codifiée, quelle place tenons-nous dans un système de surveillance collectif, étatique ? L’œuvre Panoptique, faite de miroirs de recul joue de notre position dans l’espace quotidien mais nous place aussi dans un espace symbolique décrit comme celui de l’enfermement par Foucault. Dans l’exposition, l’invocation de Peter Pan et des enfants perdus évoque un espace de fuite. Le jeu en est le meilleur vecteur. En nous amenant à nous approprier les règles, François Mangeol nous ouvre des possibles ; le pays imaginaire devient celui où l’on fait jeu égal.

Henri Guette, Les enfants perdus.

EXTRAIT DU COMMUNIQUÉ DE PRESSE PRODUIT POUR L’EXPOSITION À LA BAKERY ART GALLERY

© ADAGP François Mangeol. Courtesy the artist and Bakery Art Gallery

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