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Solo-show Septembre à Octobre 2019

TEXTE – ÉMILIE ROBERT

« Deux choses instruisent l’homme de toute sa nature : l’instinct et l’expérience. »
Pascal, Pensées, frag. 119

En philosophie, l’Empirisme est une « doctrine selon laquelle l’expérience est la donnée première et la source de la connaissance ». L’expérience caractérise la pratique de François Mangeol à de multiples niveaux, à commencer par celui de l’expérimentation. Inédites, les pièces exposées ont toutes été conçues pour l’occasion. Bien que l’œuvre entier révèle une matrice esthétique et conceptuelle solide et cohérente, l’artiste ne rechigne guère à innover. L’expérimentation ne nourrit pas seulement sa pratique artistique mais témoigne d’une véritable philosophie de vie : penser, oser, avancer ; toujours ; pour exister. Fondées sur son parcours personnel, ses compositions jouent d’une stratification plastique, sémantique et cognitive profonde, universelle et singulière. Dans le lacis de ses multiples significations, l’œuvre se veut espace d’interaction entre l’artiste et son public ; propice à la pérégrination mentale et à la découverte. Comme l’affirme Umberto Eco, « plus élevée est l’information, plus il est difficile de la communiquer ; et plus le message se communique clairement, moins il informe ». Si la réception de l’œuvre est indirecte, cette dernière ne relève pourtant que d’une apparente abstraction. Alors que les déclinaisons formelles et modulaires de ses productions en appellent à De Stijl, Bahaus ou encore Abstraction-Création, le travail de l’artiste se défend du seul ancrage européen. Tendant aussi, et invariablement, vers l’art minimal et conceptuel américain , François Mangeol utilise un langage géométrique comme d’une formulation logique et intelligible . Celui-ci dépend néanmoins d’un alphabet de son invention impliquant son déchiffrage potentiel au détour de jeux de mots et doubles-sens multiples comme autant de réflexions et recherches offertes au public. Considérant que « l’ambiguïté fait partie de la communication », c’est parfois à une lettre que tout se joue ; à l’instar de la toile WHO KNOWS. Dans la grille qu’elles forment, les lettres se lisent de gauche à droite et laissent deviner un I, un E et un N. Le coin supérieur gauche est vide, laissant au spectateur le soin de choisir la lettre pouvant s’y inscrire (un M, un T, un S, un B, un L ou encore un R) et d’engager ainsi sa subjectivité dans l’élaboration du sens. Il en va de même pour la pièce intitulée Mémoires. Imparfaite, transformée et heurtée, la mémoire est inévitablement plurielle. Équivoque, elle relève de l’assimilation et de l’interprétation subjective de faits vécus. Littéralement et littérairement, les mémoires sont la retranscription de l’histoire par un individu, au travers de ses expériences et souvenirs d’une époque dont il est le témoin. Empirique, la pratique à laquelle l’artiste se – et nous – livre est éminemment humaniste, nous rappelant que la connaissance et la compréhension du monde nécessite de crever « notre entité imperméable », de dépasser notre inéluctable et primaire égocentrisme pour mieux embrasser, ensemble, notre universelle et FMr condition. Réminiscence du Cogito ergo sum cartésien , François Mangeol nous interroge : Are you ? – That’s the fucking question. –.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE PRODUIT POUR L’EXPOSITION À LA GALERIE ALB – ANOUK LE BOURDIEC, PARIS

© Émilie Robert
© ADAGP François Mangeol. Courtesy the artist and Galerie ALB Anouk Le Bourdiec